Cdc w9 K Eokhaj Kw unsplash 1

De la génération de la crise à la génération de la transition

Ces dernières semaines, le Groupe du Vendredi a mené une étude auprès de millennials concernant leur vision pour notre société au lendemain du sortir de la crise du coronavirus. Dans cet article, nous expliquons pourquoi nous devons agir maintenant pour l'avenir.

Dans la foulée, le Groupe présentera ses solutions innovantes pour une société qui répond aux attentes de ces millennials tout au long de l'été, dans une série estivale de L’Echo.

Les terrasses sont bondées. Les gens partent en vacances. La vie reprend son cours. Mais ne vous faites pas d'illusions : le monde n'est plus le même.

C'est ce qui ressort clairement de l’étude que le Groupe du Vendredi, un think tank pluraliste de jeunes adultes (25-35 ans), a menée auprès de pairs de sa génération.

Deux jeunes sur trois pensent que cette crise a changé notre société à jamais. 70% des personnes interrogées estiment que les pandémies seront plus fréquentes à l’avenir et auront un impact plus important sur nos vies.

La ‘génération des crises’

Il faut nous pardonner notre scepticisme ; nous n’en sommes pas à notre première crise. La plupart d'entre nous sont entrés sur le marché du travail peu après le krach financier de 2008, ou pendant la récession qui s’en est suivie. Ensuite, nous avons été confrontés à la crise de l'euro, à la crise des réfugiés et à la série d'attentats terroristes. Bref, un état d’alarme permanent règne sur ces années au cours desquelles nous avons façonné nos carrières, nos familles et nos caractères.

Entre-temps, nous portons sur nos épaules le fardeau du vieillissement de la population, du changement climatique et de la dette publique. Nous sommes officiellement la première génération qui sera, en moyenne, moins prospère que celle de nos parents. Ceci, selon notre enquête, laisse plus d’un jeune adulte sur trois indifférent.

Car ce qui nous dérange vraiment en fait, c'est l’immobilisme. Revenir à la certitude d’une continuité « as is » après une telle période de turbulences paraît tentant, mais nous ne voulons pas nous retourner vers le passé : ni vers un pays sans gouvernance, sans vision et sans influence, ni sur le chemin d’une polarisation de notre société qui ne cesse d’augmenter.

L'histoire de ces dernières années nous apprend que les périodes de déclin économique conduisent rarement à des changements structurels. Nous nous focalisons aveuglément sur la question ‘Comment sauver les meubles?’ et avons une tendance naturelle à vouloir maintenir le statu quo par peur de l’inconnu. Parce que c'est, en apparence du moins, ‘une crise sans précédent’. Et nous mettons ainsi le vrai changement en veilleuse, pour ‘quand ça ira mieux’.

En tant qu'enfants des crises du millénaire, nous savons que tout est allé trop loin. Que nous sommes tout au plus dans un compte à rebours jusqu’au prochain état d'urgence. Mais cela ne signifie pas que les millennials n'osent pas se tourner vers l'avenir. Au contraire, nous voulons passer de notre qualification de « génération des crises » à celle de la transition.

Des ponts pour la Belgique

Les mesures drastiques prises par notre pays ces derniers mois pour assurer la sécurité de notre société ont été d'une ampleur sans précédent. Et si nous prenions des mesures tout aussi drastiques pour relever les défis existentiels de notre génération ?

Pour ce faire, nous devons penser plus grand. Plus audacieux. Plus loin des sentiers battus. Avoir un regard ouvert et attentif sur ce qui compte vraiment. Et selon l’étude menée auprès de nos pairs, ce qui compte, par-delà les frontières linguistiques et au-delà des idéologies de ‘gauche’ et de ‘droite’, c'est la détermination et l’efficience au service de tous.

Comme une réforme de la Belgique axée sur la simplicité et l'efficacité plutôt que sur les préférences communautaires (soutenue par plus de 3 sur 4), afin que notre pays soit en mesure de relever les défis de ce siècle. Une plus grande participation des experts indépendants et des citoyens à la politique (2 sur 3). L'attention portée à la lutte contre la pauvreté (71%), aux espaces verts publics (76%), et aux soins aux personnes âgées (68%), parmi d’autres.

Une société dans laquelle nous pouvons oser, essayer et même échouer. Avec un filet de protection auquel chacun contribue comme il peut, ce qui implique qu’il couvre les indépendants (58%) également, et où les chômeurs de longue durée sont plus souvent déployés pour des missions d’utilité publique (73%). Une société pour laquelle nous sommes prêts à accepter des limitations de notre propre liberté afin d'atteindre des objectifs communs pour l’homme et l'environnement (55%).

Ce ne sont là que quelques-uns des résultats. Nous ne voulons pas mettre un programme politique sur la table, pas de recommandations politiques hâtives. En opposition aux traditionnelles lignes de faille sur lesquelles la Belgique est construite, ce que nous offrons, ce sont des ponts d'unité et d’entente sur lesquels nous voulons fonder notre société.

Agilité sociale

Les décideurs politiques ne savent plus quoi faire non plus, ce que nous comprenons. Remettre en question la vie tel que nous l’avons connue est difficile et pénible. En tant qu'êtres humains, nous sommes préprogrammés pour choisir la voie du moindre effort. Pour la satisfaction à court terme plutôt que le succès à long terme.

Mais aujourd’hui, serrer les dents et « mordre sur sa chique », expression bien de chez nous, est peut-être la meilleure option. Dans le monde des entreprises, la ‘disruption’ et l'‘agilité’ sont à l’agenda des CEOs depuis des années. Les grands groupes pétroliers traditionnels, par exemple, sont obligés de changer de cap pour faire face à la crise économique et écologique. À l'ère du ‘numérique’, il faut soit nager, soit couler.

Il est temps que nous appliquions cette agilité aussi à notre société. En effet, celle-ci n'est pas gravée dans le marbre. Il n'y a pas de lois naturelles pour l’organiser, et nous ne sommes pas biologiquement prédestinés à la diriger d'une manière ou d’une autre.

Non, notre société est le résultat de toute une série de choix, parfois visionnaires, parfois guidés par une vraie compréhension. Mais nous ne pouvons pas laisser notre fierté entraver des ajustements nécessaires. Nous devons avoir le courage d'apprendre et de corriger tout au long de notre vie, y compris en tant que société.

Pour ce faire, nous devons voir et comprendre le changement, mais aussi reconnaître que nous vivons une phase de transition et que nous ne pouvons pas encore totalement imaginer le monde de demain ou entièrement tracer le chemin à venir, mais que nous devons cependant nous mettre en route.

Notre génération est prête à porter des fardeaux, à faire des sacrifices, à agir pour le changement. Mais pour une société que nous soutenons. Et les mesures en ce sens doivent être prises aujourd'hui. Le futur, c'est maintenant.

Pour en savoir plus sur le rapport initial, cliquez ici.

À partir du 10 juillet, un membre du Groupe du Vendredi présentera chaque semaine une solution audacieuse pour la société de demain dans une série estivale de L’Echo.