Subsidies energetische renovatie bereiken vooral wie ze niet nodig heeft dat moet slimmer en rechtvaardiger 2

Pour un financement plus intelligent de la transition énergétique du bâti

Près de 40 % des ménages belges renoncent à rénover leur logement pour des raisons financières. En Flandre, un ménage sur deux ne peut pas assumer le coût des travaux nécessaires à l’amélioration de la performance énergétique. En Wallonie, un sur cinq n’a pas pu se chauffer correctement durant l’hiver 2021. Et pourtant, une part significative des aides publiques continue de bénéficier à ceux qui pourraient s’en passer. Notre politique de financement est mal ciblée, instable et inadaptée aux besoins réels. Il est temps de la rendre plus intelligente, plus juste et plus prévisible. Une tribune signée Henriette de Robiano et Quentin Jossen.

Le bâti résidentiel représente environ 40 % de la consommation énergétique en Europe, principalement en raison du chauffage. Rénover ces logements avec des matériaux durables est une condition essentielle pour atteindre les objectifs climatiques fixés par Bruxelles. C’est aussi une opportunité majeure pour stimuler l’économie et soutenir le secteur de la construction. Mais encore faut-il permettre à chaque ménage de prendre part à cet effort. Cela passe par des mécanismes de financement adaptés à la diversité des situations.

Certes, les primes à la rénovation existent dans les trois régions. Mais 65 % des aides vont à des ménages qui auraient pu rénover sans soutien. En outre, ces dispositifs sont souvent instables – modifiés, suspendus ou supprimés – et rarement préfinancés. C’est pourtant ce dont les foyers les plus vulnérables ont besoin pour agir. Ce paysage fragmenté doit être clarifié, simplifié et recentré. Il est temps d’opérer un double exercice : efficacité et ciblage.

L’aide publique doit être proportionnelle à la capacité financière du ménage. Pour les plus précaires, cela signifie des primes préfinancées couvrant jusqu’à 100 % des travaux, ainsi qu’un accompagnement dans un parcours de rénovation souvent complexe. En Irlande, ce modèle fonctionne déjà : via un partenariat public-privé, l’État prend en charge à la fois l’organisation et le financement intégral des rénovations pour les ménages fragiles. Pour les autres, des incitations économiques peuvent suffire, comme des mécanismes de prêt adaptés.

L’objectif est clair : rendre la rénovation abordable, et son remboursement soutenable. Les subventions de taux d’intérêt en sont un bon exemple : elles permettent d’accéder à des prêts à long terme à taux réduit. Ce mécanisme a été abandonné en Flandre, faute de coordination avec les banques. D’autres solutions existent, comme les prêts attachés au bien – et non à l’emprunteur – ce qui permet de transférer la dette lors d’une revente. Ce système est déjà en place aux Pays-Bas et testé à Malines.

La Belgique n’est pas en reste : le Fonds flamand de prêts sociaux, la Community Land Trust à Bruxelles ou le Renopack en Wallonie montrent qu’il est possible de lever les freins à l’investissement et d’en faciliter l’accès.

Nous avons désormais besoin d’un éventail cohérent d’options de financement, tenant compte de la diversité des profils et des logements. Il ne s’agit pas seulement d’aider les plus fragiles, mais aussi ceux qui veulent – et peuvent – investir. Les habitants d’immeubles collectifs ont d’autres besoins que les propriétaires de maisons. Dans un contexte budgétaire contraint, la question devient : comment hiérarchiser les actions ? Un plan d’action clair, équilibrant priorités, coûts et bénéfices, est indispensable. Rénover les passoires thermiques améliore la santé, réduit la précarité énergétique et soutient l’emploi. Les rénovations collectives ou industrialisées peuvent réduire les coûts, et enclencher une dynamique vertueuse. C’est bon pour le climat, pour le secteur, et pour les plus vulnérables.

Les deniers publics doivent être utilisés de manière stratégique : ciblés, équitables, et à fort impact social. Les rénovations énergétiques coûtent entre 10 et 12 milliards d’euros par an en Belgique, soit 2 à 3 % du PIB. La question est moins de savoir combien nous dépensons, que pour qui, et comment. Tant que nous subventionnons des foyers qui peuvent rénover sans aide, le système restera inefficace et injuste.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une politique rénovée : des modèles de financement innovants, une coopération renforcée entre acteurs publics et privés, et des dispositifs stables qui ne disparaissent pas du jour au lendemain, mais s’adaptent. Et surtout : un cadre fiable, capable d’instaurer la confiance, tant chez les citoyens que sur les marchés. C’est à ce prix que nous pourrons réussir la vague de rénovations dont notre pays a besoin – écologique, sociale et économiquement viable.