Pas de Belgique prospère sans une réforme de la gouvernance climat
Cet été est déjà le plus chaud jamais enregistré en Belgique. Selon Sciensano, la seule vague de chaleur survenue entre le 18 juin et le 1er juillet a entraîné 1.747 décès supplémentaires par rapport à la moyenne habituelle. Ces semaines ne sont qu’un avant-goût de ce qui nous attend. Pourtant, au moment même où les conséquences du changement climatique deviennent dramatiquement concrètes, nos responsables politiques peinent encore à s’accorder sur leur gouvernance, certains ministres allant jusqu’à décliner leur participation aux réunions convoquées par le ministre fédéral. Notre pays mérite mieux qu’une gestion post-mortem des catastrophes climatiques. Il a besoin d’une gouvernance capable d’anticiper plutôt que de subir.
Notre gouvernance climatique reflète les travers de notre architecture institutionnelle : fragmentée, peu lisible et dépourvue d’une véritable coordination stratégique. Les différentes instances favorisent l’opacité, les blocages et les compromis au plus petit dénominateur commun. Le Plan national Énergie-Climat (PNEC) en est l’illustration parfaite. Selon la Commission européenne, le plan belge ne présente ni évaluation cohérente des investissements nécessaires à la transition énergétique ni analyse robuste de leurs retombées économiques. Les incohérences apparaissent aussi dans le traitement du nouveau marché carbone européen (ETS2) : la Flandre l’intègre dans ses projections climatiques, contrairement à la Wallonie, tandis qu’aucune estimation n’est fournie quant à son impact sur les objectifs climatiques belges. Comment élaborer une stratégie nationale cohérente lorsque la concertation n’intervient qu’une fois les décisions déjà prises ?
La Belgique dispose des compétences. Il lui manque une gouvernance capable de les transformer en action.
Un Conseil de la prospérité
Plutôt que de multiplier les conférences interministérielles sans responsable clairement identifié, nous proposons la création d’un Conseil de la prospérité réunissant les ministres fédéraux et régionaux compétents en matière de climat, d’énergie, de mobilité et d’économie. Présidé par un Vice-Premier ministre chargé de la prospérité, il organiserait les travaux, soumettrait les décisions au vote en cas de blocage et rendrait directement compte au Kern. Pour la première fois, un responsable politique serait clairement identifié comme garant de la prospérité de notre pays.
Ce Conseil aurait pour mission de coordonner les politiques liées à la transition climatique et économique. Il pourrait, par exemple, simplifier l’accès aux financements de la recherche et de l’innovation, mieux anticiper les besoins en compétences des travailleurs ou encore coordonner les investissements dans les infrastructures de mobilité et l’adaptation aux risques climatiques. Autant de dimensions que la Commission européenne estime aujourd’hui insuffisamment intégrées dans le PNEC belge.
Réunir ces décisions dans une même enceinte permettrait enfin d’élaborer une stratégie commune entre les Régions et l’autorité fédérale, de mutualiser les efforts et de mieux planifier la transition afin que la Belgique saisisse pleinement les opportunités économiques de la décarbonation tout en préparant le pays aux risques climatiques.
Cette réforme renforcerait également la transparence. Les votes des ministres seraient publiés en ligne, permettant à la société civile de mieux suivre les arbitrages politiques. Pour sortir de la logique paralysante du consensus permanent, les décisions pourraient être adoptées à la majorité simple, pour autant que les ministres favorables représentent au moins 65 % de la population belge. Ce mécanisme préserverait la légitimité démocratique tout en limitant les blocages récurrents de notre fédéralisme.
D’ici 2030, un tel Conseil permettrait enfin à la Belgique de présenter un Plan national Énergie-Climat réellement élaboré en commun plutôt qu’une simple juxtaposition de politiques régionales. Une telle réforme nécessiterait sans doute des adaptations constitutionnelles ou des lois spéciales. Mais la vraie question n’est plus celle de sa complexité. Elle est de savoir si la Belgique peut encore se permettre de s’en passer. Face aux défis climatiques et économiques de la prochaine décennie, notre pays ne manque ni d’expertise, ni de moyens, ni d’ambition. Ce qui lui manque encore, c’est une gouvernance capable de transformer ces atouts en décisions.
Paru sur L'Echo