La nuit, Bruxelles est une fête : protégeons son audace
Pour les noctambules bruxellois, l'heure n'est plus aux réjouissances. Les fermetures d'espaces festifs s'enchaînent. Une réponse politique forte s'impose.
Collectifs, festivals pluridisciplinaires, lieux hybrides et insolites, la scène nocturne bruxelloise est culturelle, vivante, diversifiée et pleine d'audace. Mais elle est aussi menacée : les autorités bruxelloises doivent passer à l'action pour préserver sa singularité sur le long terme, en agissant sur l'urbanisme, l'activation des lieux inoccupés et la mise en place d'un cadre financier stable.
Pour les noctambules bruxellois, l'heure n'est plus à la fête. Les fermetures d'espaces festifs s'enchaînent, comme le Bonnefooi, le Spirito, la Cabane, Reset ou, plus récemment, Les Ateliers Claus. À chaque fermeture, la mélodie qui rythme Bruxelles s'atténue et risque d'être réduite au silence. Ce serait une triple perte : culturelle, économique et démocratique. Une réponse politique forte s'impose pour préserver la singularité qui caractérise la nuit bruxelloise.
Une mission émancipatrice, sur le plan économique et social
D'autres secteurs économiques en bénéficient pleinement, parmi lesquels l'horeca, les institutions culturelles et les commerces. La nightlife est également source d'emploi pour des personnes peu qualifiées. Côté tourisme, la fête est citée comme la quatrième raison de visiter Bruxelles. En 2023, le clubbing bruxellois a été consacré patrimoine culturel immatériel de la Région.
Le tableau n'est pas entièrement idyllique. La nuit recouvre parfois une réalité insupportable : agressions, violences, abus liés à la consommation de substances. Cette image dessert injustement le soutien à la scène nocturne, alors même que la plupart des lieux fermés ou menacés portent haut les valeurs d'inclusion et de respect. Plus qu'un simple divertissement, la nuit remplit un rôle essentiel : rassembler des gens différents dans un même espace. Nous, Bruxellois francophones, avons rencontré grâce à la fête d'autres Bruxellois, flamands comme internationaux, que nous n'aurions jamais croisés autrement.
Des mesures de soutien
Premièrement, un label 'night culture', octroyé de manière indépendante aux initiatives répondant à certains critères, dont une programmation à visée culturelle et la mise en place d'une politique d'inclusivité et de lutte contre les violences. Deuxièmement, une politique d'urbanisme prévisible et cohérente. Or, 73% des espaces festifs sont situés en zone résidentielle ou mixte. Un droit à 'faire du son' dans certains quartiers pourrait être reconnu et s'accompagner d'aides à l'isolation acoustique. Enfin, un soutien financier stable et pluriannuel est nécessaire, dont l'un des objectifs reste la préservation de la diversité nocturne. En outre, l'ensemble des scènes musicales devrait continuer à bénéficier d'un taux de TVA de 6%.
Faire briller Bruxelles ne se fera pas sans une scène nocturne créative, diversifiée et vivante. Après tout, n'est-ce pas dans l'ordre des choses pour un pays où tout a commencé par un air d'opéra, lors d'une chaude soirée d'août 1830 ?
Source : L'Echo