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La facture silencieuse de la fiscalité familiale

La redistribution qui s'opère des citoyens sans enfant vers les familles est massive, et surtout opaque. Chiffrons-la pour pouvoir, enfin, la défendre ou la réformer.

La politique belge raffole des grands débats sur les transferts financiers. L'attention se focalise généralement sur les flux visibles : entre le Fédéral et les Régions, entre le nord et le sud du pays, ou entre actifs et inactifs via la Sécurité sociale. Ces enjeux sont cruciaux, certes. Mais, dans l'ombre, une autre redistribution massive reste sous les radars : celle qui s'opère des citoyens sans enfant vers les familles. Un transfert qui s'élève à au moins 13,2 milliards d'euros par an.

Au moins 13,2 milliards d'euros

D'abord, les allocations familiales. Pour les trois Régions, on estime que la facture s'élève à environ 8,6 milliards d'euros par an : 4,6 milliards en Flandre, 2,8 milliards en Wallonie et 1,2 milliard à Bruxelles. Ensuite, le volet fiscal : les majorations de la quotité de revenu exemptée d'impôt pour enfants à charge. Sur la base des données de Statistiek Vlaanderen sur la composition des ménages, extrapolée à l'échelle nationale, le coût de ces majorations peut être estimé à 4,6 milliards d'euros. À eux seuls, ces deux piliers atteignent la barre des 13,2 milliards.

Le problème de l'invisibilité

Le cœur du problème n'est pas tant la légitimité du soutien aux parents que son invisibilité. Alors que le débat public se focalise sur les grands agrégats de la Sécurité sociale ou les flux communautaires, cette redistribution horizontale passe entre les mailles du filet, dissimulée dans un dédale de mesures réparties entre tous les niveaux de pouvoir.

Pourtant, ce débat va devenir brûlant. La démographie change, tout comme les choix de vie. En 2000, 71% des ménages belges avaient des enfants ; en 2025, ce chiffre est tombé à 65%. Une étude récente montre même que 40% des trentenaires ne souhaitent pas ou plus d'enfants.

Vers un transfert transparent

Il est temps de sortir de cette opacité. Si la société choisit consciemment de soutenir la natalité, qu'elle le fasse de manière transparente. Regroupons l'ensemble de ces avantages en un mécanisme unique et clair. Idéalement à un seul niveau de pouvoir.

Enfin, posons la question du rendement social : n'obtiendrait-on pas de meilleurs résultats en investissant ces 13,2 milliards directement dans les infrastructures (crèches, enseignement, politique d'égalité des chances), plutôt que dans un saupoudrage d'avantages fiscaux et d'allocations ? Il ne s'agit pas de supprimer ce transfert, mais de le rendre visible. Obligeons-nous à le chiffrer pour pouvoir, enfin, le défendre ou le réformer de manière honnête.

Source : L'Echo