En 2030, chaque Belge devra être prêt à affronter la prochaine crise
En 2030, qu’aurons nous appris d’une décennie faite de crises climatique, sanitaire et technologique? Lors de la canicule de juin 2026, des vies ont à nouveau été perdues par manque de moyens et de coordination des services de secours. Au-delà du changement climatique, c’est notre société entière qui est constamment mise à l’épreuve par ces bouleversements. A chaque fois, c’est le même cycle : sidération, prise de conscience, puis l’éternel passage à autre chose.
Il est grand temps qu’à titre individuel et collectif, les Belges se préparent activement à des événements improbables voire inattendus. Pourquoi ? Aujourd’hui, le système belge de solidarité est conçu pour protéger tout un chacun dans un monde stable et prévisible. Mais on ne se rend pas toujours compte de la dépendance que cette sécurité procure. Penser que les failles observées lors des inondations en Wallonie de 2021 n’étaient qu’un cas particulier n'est pas sérieux.
Les crises qui s'annoncent vont nous surprendre. Ce qui nous manque, ce ne sont pas les moyens mais bien le changement nécessaire d’attitude.
D'ailleurs, l’Etat nous a prouvé que les temps ont changé: en avril 2026, le ministère de l'Intérieur a lancé une campagne de communication pour inciter les Belges à rester quelques jours en autonomie. Il faut voir dans ce geste l'esquisse d'un nouveau contrat social. Certes, l'État doit rester le garant ultime de la protection collective. Nos gouvernements doivent énoncer clairement ce qu'ils peuvent garantir, qu’il puisse concentrer ses moyens là où lui seul peut agir, et qu’ils donnent aux citoyens les moyens de tenir les premières heures.
Un État fort n'est pas un État qui promet d'être partout, tout de suite, pour tout le monde.
Avoir de l'eau, une lampe, quelques médicaments, une radio, un plan d'évacuation: tout cela est du bon sens civique. C'est aussi ce qui permet aux services de secours de se concentrer sur les plus vulnérables.
Cette responsabilité se joue d'abord dans les foyers et les quartiers. Chaque ménage devrait connaître les bons réflexes : comment réagir en cas d'alerte, où trouver une information fiable, où et comment se mettre à l'abri. Chaque rue devrait savoir qui sont les personnes âgées, isolées, malades ou moins mobiles. C’est donc un effort individuel qui doit se coupler au collectif via les communes et les comités de quartier.
Nos écoles et entreprises ont également un rôle à jouer. Actuellement, nous formons les jeunes à réussir dans un monde stable. L'école devrait plutôt apprendre à coopérer sous stress, à distinguer une information fiable d'une rumeur, à agir sans attendre une hiérarchie parfaite. Les entreprises peuvent aussi jouer un rôle civique : former aux premiers secours, préparer les équipes aux coupures d'énergie, aux cyberattaques, aux évacuations.
En 2030, la Belgique tournera définitivement la page de la stabilité. Les Belges doivent désormais organiser leur propre préparation aux crises. Non pas par peur, mais parce que c'est la condition d'une société qui tient debout quand l'État est dépassé. Pensez à cette voisine âgée qui vit seule au troisième étage : savez-vous si elle a de l'eau pour trois jours ? Saurez-vous frapper à sa porte quand la canicule reviendra ? Car une démocratie sans citoyens actifs n'est qu'une société de droits, sans la contrepartie des devoirs.
Paru sur L'Echo