Qu’en est-il de la « crise des réfugiés » ?

En 2015, la Belgique a connu une crise importante de l’accueil des demandeurs d’asile ayant passé notre frontière, illustrée par l’image de centaines d’entre eux dormant durant plusieurs semaines dans des conditions précaires dans le Parc Maximilien à Bruxelles.

Qu’en est-il pour 2016 ? Si le nombre d’arrivants a doublé en 2015 par rapport à 2014, l’influx migratoire de l’année 2016 est incertain et d’aucuns spéculent sur le nombre de futurs candidats à l’asile en Belgique suite à l’accord récemment conclu entre l’Union Européenne et la Turquie.

Le gouvernement a par ailleurs décidé de fermer certains centres d’accueil temporaires au vu de la baisse récente des demandes, accroissant dès lors le risque d’un manque de places disponibles en cas d’afflux important. Quoiqu’il en advienne, il est certain que notre pays continuera à voir affluer des demandeurs fuyant la guerre ou les persécutions et qu’il devra honorer ses obligations internationales en matières d’accueil et de services telles qu’inscrites dans la convention de Genève.

Qui sont ils?

Si le grand public les appelle réfugiés, il faut d’abord distinguer un demandeur d’asile d’un réfugié et d’une personne sous protection subsidiaire. Un demandeur d’asile a fait une demande d’asile en Belgique mais les autorités n’ont pas encore statué sur son sort.

Un réfugié est une personne qui a fui des persécutions fondées sur sa race, religion, nationalité ou groupe social dans son pays tandis que la protection subsidiaire est accordée aux personnes qui ne remplissent pas les conditions d'obtention du statut de réfugié mais sont toutefois exposées à des atteintes graves en cas de retour dans leur pays d’origine, typiquement lorsque celui-ci est en guerre.
Dans les deux cas, la Belgique leur reconnait leur situation précaire et leur octroie, sur cette base et après analyse du dossier, un droit à séjourner en Belgique. Derrière ces définitions, ce sont des histoires tragiques de familles menant autrefois une vie sereine et forcées à l’exil suite à l’éclatement de la guerre dans leur pays.

Ainsi 70% des réfugiés ou personnes sous protection subsidiaire récemment reconnus en Belgique sont issus de zones en conflits (essentiellement l’Iraq, la Syrie et l’Afghanistan) ayant quitté une situation souvent pérenne (selon l’UNHCR, par exemple, 86% des réfugiés Syrien possèdent un diplôme au moins secondaire).

Si beaucoup de réfugiés sont des hommes seuls partis comme « explorateurs », les conditions forcent les femmes et les enfants à se mettre également sur la route pour rejoindre l’Europe et bénéficier du regroupement familial : on observe un nombre croissant de femmes se présentant comme demandeurs d’asile et la proportion de mineurs non-accompagnés est montée à 8% du total des demandeurs depuis début 2016 contre 3% en 2014 ; parmi eux, 15% n’ont même pas 13 ans.

Comment sont-ils accueillis en Belgique?

Entre son premier pas en Belgique et l’obtention du statut de réfugié lui garantissant des droits et un séjour dans notre pays, le demandeur d’asile suit un parcours en plusieurs étapes au cours duquel il doit naviguer entre les agences et institutions belges. Entre démarches administratives dans une langue étrangère, longues procédures, conditions di ciles en centres et intégration semée d’embuches, ce processus peut se révéler ardu et durer jusqu’à plusieurs années. Si la Belgique se montre bon élève en terme d’accueil en Europe, elle peut toutefois faire mieux pour éviter ces écueils.

Le Groupe du Vendredi se penche sur le parcours des demandeurs d’asile en Belgique

Comprendre le parcours de ceux qui arrivent aujourd’hui pour améliorer celui de ceux qui arriveront dans le futur : c’est l’objectif de ce rapport du Groupe du Vendredi. Il illustre le parcours type d’un jeune Syrien que l’on nommera Adnan, fuyant sa ville natale d’Alep et arrivant seul en Belgique pour demander l’asile. De par son âge et la crise humanitaire et sécuritaire dans son pays, Adnan est représentatif des demandeurs qui arrivent actuellement à nos frontières. Depuis son arrivée en Belgique jusqu’à son adaptation dans la société belge en qualité de réfugié, chaque étape illustre les problèmes rencontrés et des pistes de solution possibles que tant les acteurs publics, privés, issus de la société civile ou citoyens à titre individuel pourraient mettre en œuvre. Conjointement, ces initiatives peuvent changer la vie de nouveaux demandeurs d’asile et contribuer à un modèle d’accueil et d’intégration digne des valeurs que notre pays prétend défendre.

Adnan, un demandeur d’asile parmi tant d’autres …

Adnan a eu 28 ans la semaine dernière. Il les a fêtés avec ses amis dans sa ville natale, Alep, deuxième plus grande ville de Syrie. Adnan est professeur d’histoire dans l’enseignement secondaire. Quoiqu’épargnée au début de la guerre civile en mars 2011, Alep est désormais prise sous les feux. Un jour ce sont les forces gouvernementales qui dominent le front, le lendemain, ce sont les armées rebelles qui reprennent le dessus si bien que les bombardements tuent un civil toutes les heures.

Hamed, l’ami d’enfance d’Adnan, a été touché hier. Pour des raisons de sécurité, l’école a arrêté de tourner. La situation est intenable, Adnan le comprend. Sur conseil de ses parents, il rassemble 4,000 euros, ce qui représente presqu’un an de salaire, pour fuir le pays et rejoindre l’Europe.

Adnan décide d’emprunter la route par la Turquie, qui semble la moins périlleuse. Il arrive à Kilis, ville frontalière en Turquie, où 2,7 millions d’autres Syriens ont débarqué avant lui. Via un passeur qui lui réclame 2.000 euros, il est conduit en camion ver s la ville turque d’Izmir, en face de la Grèce. Il y séjourne quelques jours dans un logement insalubre avec d’autres migrants quand, en pleine nuit, son passeur le réveille pour se rendre sur la plage et embarquer sur un canoé gonflable qu’il partage avec plus de 40 autres migrants.

Il a de la chance, le bateau arrivera à bon port sur le sol européen. Ce n’est pas le cas de tous. Via les réseaux sociaux, il contacte un autre passeur afin de rejoindre la Belgique en passant par la Macédoine, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche, et l’Allemagne, en train et en bus, mais surtout à pied. Adnan arrive enfin en Belgique et veut y demander l’asile. Son voyage aura duré au total 3 mois et il y aura risqué sa vie plusieurs fois. Avec son profil et selon les statistiques, il a près de 90% de chances de recevoir le statut de protection subsidiaire et un permis de séjour au terme du parcours qui l’attend. Pourtant, le chemin sera long avant d’obtenir ce statut.

Découvrez le parcours d'Adnan