Career promotion professional growth

Mieux rémunérer le travail, mais aussi l'avancement

Le marché du travail en Belgique est moins entravé par le « piège à l'emploi » que par la « trappe à l'avancement », ce plafond fiscal et administratif qui décourage d'évoluer.

La Belgique connaît deux pièges sur son marché du travail, mais le débat se concentre sur le mauvais. On parle sans cesse du « piège à l'emploi » : l'écart salarial net entre inactivité et emploi. Important, certes, mais la « trappe à l'avancement » (professionnel) — ce plafond fiscal et administratif qui décourage d'évoluer — reste largement ignorée. Pourtant, une seule réforme pourrait s'attaquer aux deux.

Quand l'avancement ne paie pas

Une grande partie de l'énergie politique et des marges budgétaires est aujourd'hui consacrée à réduire le piège à l'emploi. Le gouvernement a retenu une double approche : rendre l'inactivité moins attractive en supprimant l'avantage fiscal sur les allocations de chômage (environ 200 euros de perte mensuelle par allocataire, selon le cabinet de Jan Jambon, ministre des Finances) et rendre le travail davantage rémunérateur via une hausse de la quotité exemptée d'impôt (coût estimé : 3,5 milliards d'euros). Or cette dernière mesure bénéficie aussi aux non-travailleurs, ce qui rend l'effet net sur le piège à l'emploi incertain.

Mais réformer vraiment le marché du travail suppose d'affronter la trappe à l'avancement. Travailler est une chose, progresser en est une autre. Trop de salariés promus se heurtent à un « mur fiscal » : leur net bouge à peine, alors que responsabilités et charge de travail augmentent.

« Ceux qui ont un gros salaire n'ont pas besoin de baisse de charges »

Conner Rousseau, voorzitter van Vooruit

Et c'est pourtant là qu'un levier macroéconomique existe : une étude de la Banque nationale montre que les salaires plus élevés contribuent souvent le plus à la productivité. Rendre la progression attractive, c'est donc récompenser l'effort et doper l'efficacité collective. Ignorer ce piège, c'est manquer l'essentiel : un marché du travail qui permet non seulement d'entrer, mais aussi d'avancer.

La tranche à 50%, ou comment sanctionner l'ambition

Comment la trappe à l'avancement se manifeste-t-elle ? Par l'impôt des personnes physiques. En 2022, le salaire moyen atteignait 56.737 euros, selon Statbel. Or dès 41.360 euros, on bascule dans la tranche marginale de 50%. Cela ne signifie pas qu'on verse la moitié de tout son revenu ; mais chaque euro au-delà de ce seuil est taxé pour moitié. Il s'agit du revenu imposable (brut fiscal, après cotisations sociales et déductions usuelles), pas du net.

Autrement dit, celui qui obtient une promotion assume plus de responsabilités ou négocie un meilleur salaire voit son effort supplémentaire à peine récompensé. À titre de comparaison, un même niveau de revenu est taxé à 30% en France, à 37% aux Pays-Bas, et reste sous 42% en Allemagne. La Belgique sanctionne donc l'ambition plus que ses voisins.

Déverrouiller l'avancement sans plomber le budget

La solution est claire : relever le seuil d'entrée dans la tranche des 50%, pour y accéder plus tard. Le Bureau du Plan a évalué qu'un relèvement à 1,4 fois le revenu médian coûterait à peine un demi-milliard d'euros. Supprimer totalement la tranche des 50% représenterait, selon des estimations de l'auteur, environ 1,1 milliard d'euros. Contrairement à la réforme actuelle, cette réduction viserait exclusivement les revenus du travail : plus ciblée, donc plus abordable.

Le financement est à portée de main. L'enveloppe bien-être (hausse automatique des allocations au-delà de l'index) représentera environ 500 millions d'euros en 2025-2026. Le tarif social de l'énergie a atteint quelque 550 millions en 2023. Quant au régime de l'intervention majorée, il accorde des avantages supplémentaires aux bas revenus, comme un ticket modérateur limité à 1 euro chez le médecin. Limiter ou ajuster ces trois postes dégage les marges nécessaires, tout en réduisant l'attrait de l'inactivité.

Valoriser le travail autrement

Une réforme ciblée permettrait donc de réduire à la fois le piège à l'emploi et la trappe à l'avancement. En corrigeant la tranche des 50% et en réorientant des dépenses qui entretiennent de mauvais incitants, on rend le travail mais aussi l'évolution enfin récompensée. De plus, si l'inactivité perd de son attrait, davantage de personnes franchiront le pas. Le marché du travail doit être une échelle qui aide à monter : la première marche doit valoir la peine, et à mi-parcours, aucune embûche ne devrait faire chuter.

Source : L'Echo