L'illettrisme financier est le véritable problème des pensions
Les pensions, premier poste de dépense
Les économies se multiplient. Les pouvoirs publics cherchent des marges financières, passent les budgets au crible et repoussent des décisions difficiles.
Pourtant, un poste budgétaire domine tous les autres : les pensions. Avec près de 60 milliards d'euros par an, elles représentent aujourd'hui la première dépense du budget fédéral, et le vieillissement de la population ne fera qu'alourdir la facture.
Le gouvernement fédéral veut en outre garantir qu'à l'horizon 2035, tous les salariés et fonctionnaires bénéficient d'une pension complémentaire, avec une contribution patronale minimale de 3%. L'intention est louable, mais son coût sera substantiel, tant pour les employeurs que pour les finances publiques.
Un avenir incertain
Les jeunes qui débutent aujourd'hui leur carrière envisagent souvent l'avenir des pensions avec inquiétude. À juste titre : le système est sous pression et le rapport entre actifs et pensionnés se transformera en profondeur sous l'effet du vieillissement démographique. Cela signifie aussi que chacun devra davantage réfléchir à la manière de financer sa propre retraite. Et c'est précisément là que l'État a un rôle essentiel à jouer : renforcer la culture financière de la population.
La Loterie, miroir de l'illettrisme financier
Une chose est certaine : on ne construit pas un avenir financièrement durable avec des jeux de hasard. Pourtant, notre comportement collectif montre autre chose. En 2025, la Loterie Nationale a enregistré un chiffre d'affaires record de 1,66 milliard d'euros. La popularité des jeux de hasard montre à quel point l'attrait d'un gain rapide est puissant, tandis que l'impact de petits investissements réguliers sur le long terme reste souvent moins visible.
À titre d'illustration : un joueur moyen qui mise 10 euros par semaine perdra, sur vingt ans, plusieurs milliers d'euros. La même personne qui investit systématiquement ce montant pourrait, après vingt ans, constituer un capital d'environ 30.000 euros.
Noyés dans les acronymes
Des termes comme ETF, ROI, CAGR ou diversification des risques sont familiers aux professionnels de la finance. Pour beaucoup d'autres, ils restent abstraits et éloignés du quotidien. Pourtant, la culture financière n'est toujours pas enseignée de manière systématique, alors qu'elle constitue une compétence essentielle pour chaque citoyen.
Le contraste apparaît encore plus clairement lorsqu'on compare les hommes et les femmes. En moyenne, les femmes investissent moins, commencent plus tard et adoptent une approche plus prudente. À long terme, cet écart se traduit par un différentiel patrimonial et une plus grande vulnérabilité à un âge avancé.
L'avenir appartient à ceux qui investissent tôt
C'est pourquoi la culture financière doit être transmise dès le plus jeune âge. L'État peut aller au-delà de la simple sensibilisation. En Allemagne, par exemple, un projet de "Frühstart-Rente" est à l'étude : il prévoit l'ouverture d'un compte d'investissement soutenu par l'État pour chaque enfant scolarisé. Les enfants pourraient ainsi bénéficier très tôt de l'effet des intérêts composés et découvrir concrètement la force de l'investissement à long terme.
L'éducation financière devrait également devenir une composante structurelle du programme de l'enseignement secondaire. Concrètement, les jeunes doivent apprendre à gérer un budget, épargner, investir et évaluer les risques financiers. Mais les parents peuvent eux aussi faire la différence. En investissant chaque mois un montant modeste dès la naissance de leur enfant, il est possible de constituer, à ses 18 ans, un capital qui représente un multiple de la mise initiale.
Dans une société où les pensions représentent le premier poste de dépense publique et où la pression sur le système ne cesse de s'accentuer, nous ne pouvons plus reléguer la culture financière au second plan. Si nous voulons renforcer durablement la sécurité des pensions, investir dans l'éducation financière est peut-être la seule stratégie de retraite véritablement durable.
Source : L'Echo