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La tarification du carbone, levier de prospérité pour la Belgique

Dès 2027, les bâtiments et les transports paieront un prix pour leurs émissions de CO2. Ce nouveau marché du carbone, l'ETS2, vise à accélérer la transition énergétique en Europe.

Mais en Belgique, il est encore trop souvent perçu comme une taxe punitive. Si elle est bien conçue et réinvestie par les gouvernements, la tarification du carbone devient un vrai moteur de prospérité pour nos économies, permettant de réduire notre dépendance énergétique, de créer des emplois locaux et de renforcer nos finances publiques. Retarder l'action climatique, à l'inverse, coûterait entre 17 et 30 milliards d'euros par an d'ici 2050, selon le Bureau fédéral du plan.

Le système européen d'échange de quotas d'émission (ETS), jusqu'ici réservé à l'énergie et à l'industrie lourde, sera étendu en 2027 au bâtiment et au transport routier avec un prix sur le CO2 à payer par les entreprises. Si le prix de la tonne de CO2 atteint 60 euros, les ménages belges pourraient voir leurs dépenses énergétiques augmenter de 250 à 400 euros par an, à comportements constants — un impact plus lourd pour les foyers modestes.

ETS2 : une opportunité citoyenne et industrielle

Un prix crédible du carbone oriente les capitaux vers les solutions bas carbone et rend les technologies propres plus compétitives. Une stratégie de décarbonation assumée depuis des années a permis à des pays comme la Suède ou le Danemark d'aujourd'hui prospérer économiquement. Ces investissements, qui sont aussi à notre portée, réduisent les dépenses futures tout en renforçant notre indépendance énergétique, notre santé publique et notre économie. En Belgique, la transition pourrait générer 80.000 emplois nets d'ici 2030, à l'image de la stratégie bruxelloise Rénolution qui en a déjà créé près de 6.000 en 5 ans.

De plus, l'ETS2 pourrait générer, selon les analyses, entre 5 et 7,5 milliards d'euros de recettes pour la Belgique sur trois ans. Une partie de ces fonds soutiendra le plan social climat belge, destiné à protéger les ménages et entreprises vulnérables, conformément à l'accord entre entités fédérées trouvé début octobre. Cependant, en l'absence d'un objectif national commun, des milliards d'euros de recettes carbone resteront immobilisés — autant d'investissements perdus pour notre souveraineté énergétique et notre économie.

Besoin d'une communication à la hauteur des enjeux

Pour que l'ETS2 soit compris et accepté, il faut en parler clairement. Le public doit savoir à quoi sert ce prix du carbone, comment il protège les plus vulnérables et finance des solutions concrètes. Les responsables politiques doivent informer les citoyens sur les opportunités du chauffage et du transport décarbonés, notamment la réduction des coûts à long terme, l'amélioration de la qualité de l'air et de la santé, ainsi que l'indépendance énergétique.

D'après la Banque mondiale, la communication sur la tarification du carbone doit être claire, réaliste, adaptée aux valeurs des publics, sans jargon technique, avec un langage accessible. Elle doit être intégrée dès le début, évaluée régulièrement, illustrée par des exemples concrets, et favoriser un dialogue ouvert avec des communicants de confiance et s'appuyant sur une large consultation. Le prix du carbone ne doit pas être présenté comme un impôt caché, mais comme un investissement collectif. Chaque euro issu de l'ETS2 doit financer la rénovation, la mobilité et l'électrification, plutôt que combler les déficits.

Des perspectives d'investissement incertaines

Pourtant, la Belgique tarde à se préparer. Les gouvernements ont pris peu d'engagements concrets depuis les élections : aucune réforme du tax shift électricité-gaz, un frein majeur à l'électrification ; des primes à la rénovation sont fortement diminuées en Wallonie jusque fin 2026, et en Flandre, des objectifs des 4 prochaines années sont encore en deçà du minimum européen (33% de réduction, contre 40% requis). À Bruxelles, les primes Rénolution sont bloquées, aujourd'hui des centaines de ménages bruxellois attendent toujours leurs remboursements. Cette inertie prive le pays d'un atout économique majeur. Si la Belgique saisit cette opportunité, elle pourra transformer une contrainte climatique en moteur de prospérité durable.

Source : L'Echo