Comment je suis devenu YIMBY
Alors que la nécessité de bâtir 500.000 logements d'ici 2035 se heurte souvent à des vetos de toutes sortes, le mouvement YIMBY nous invite à dire oui à l'intérêt général.
Il y a quelques années, je me tenais fièrement sur les barricades citoyennes. Le projet était, il est vrai, brutal : raser une villa et son jardin arboré pour y ériger deux tours de logements. Avec le comité de quartier, nous avons lutté, pétitionné, et finalement bloqué ce projet hors-sol. À l'époque, j'avais le sentiment pur d'avoir sauvé l'âme de mon quartier.
Aujourd'hui, la maison est à vendre pour la troisième fois et perd progressivement de sa superbe. Ce 'non' victorieux n'a produit que de l'immobilité. Aucun meilleur projet n'a émergé. C'est ce constat amer qui m'a forcé à remettre en question ma posture. Et si notre capacité collective à dire 'non' était devenue notre plus grand obstacle au bien commun ?
L'effet NIMBY aggrave la crise du logement
La crise du logement frappe l'Europe, sous l'effet d'un fossé croissant entre les besoins des ménages et la configuration du bâti existant. En Belgique, la pénurie se chiffre à environ 500.000 logements d'ici dix ans, représentant un investissement de plus de 50 milliards d'euros. Pourtant, alors que l'urgence s'intensifie, le secteur immobilier souffre et les demandes de permis d'urbanisme chutent à des niveaux historiquement bas.
Il est tentant d'y voir une simple affaire de coûts de construction et de complexité administrative. Un autre coupable est le réflexe NIMBY ('not in my backyard'). Les élus locaux ont, eux, peu d'intérêt à favoriser l'arrivée de nouveaux ménages s'ils risquent de mécontenter leur électorat actuel.
Le piège du veto permanent
Le problème n'est pas l'objection : c'est la transformation du recours en droit de veto. En Flandre, un reportage de la VRT a révélé un marché gris où des intermédiaires monnayent le retrait de plaintes. Ajoutez-y des délais qui s'étirent souvent à plus de deux ans et qui, à eux seuls, peuvent ajouter des dizaines de milliers d'euros au coût d'une unité. Pendant ce temps, les perdants restent invisibles : les jeunes ménages, les familles, les travailleurs indispensables qui s'éloignent, et une transition énergétique ralentie faute de rénovations et de densification.
Réapprendre à dire 'oui'
Être YIMBI ne signifie pas accepter n'importe quoi. Accueillir davantage de logements aujourd'hui, c'est justement exiger mieux : transformer les friches, reconvertir les bureaux vides, densifier près des transports et stopper l'étalement urbain. La participation citoyenne est précieuse lorsqu'elle améliore un projet : elle révèle des impacts, corrige des erreurs et oblige à faire mieux. Mais elle ne peut devenir un droit de veto permanent.
Restaurer l'arbitrage
C'est ici que le politique doit agir. Comme le propose le Groupe du Vendredi, il faut relever le seuil de recevabilité pour décourager les recours abusifs, conditionner toute procédure à une participation préalable lors des enquêtes publiques, et mieux inciter les communes à construire. Face à l'urgence de loger 500.000 ménages, le blocage systématique n'est plus un acte de résistance : il est antisocial. Chaque mois de retard sur un permis est une hausse de loyer pour un ménage. Ayons le courage de réapprendre à dire oui.
Source : L'Echo