vendredi 31 janvier 2020

Repenser la formation technique

Par Abdelkarim Bellafkhi, ingénieur, entrepreneur social, innovateur et membre du Groupe du Vendredi

 Quel que soit le domaine – de la nutrition à l’informatique –, le marché du travail ne cesse de souffrir d’un manque de personnel dans les domaines dits "appliqués". Les jeunes optant pour les études techniques ne se ramassent pas à la pelle. Trop souvent, ils ont peu d’expérience pratique ou ne sont pas suffisamment formés aux nouvelles techniques pour qu’on puisse faire appel immédiatement à leurs services. Il est temps d’y remédier.

Former les diplômés?

On sait depuis longtemps que certains secteurs du marché du travail connaissent des problèmes de flux d’entrée et de sortie. L’écart entre les acquis supposés d’un diplôme et les connaissances techniques requises pour pouvoir être employé sur le marché du travail constitue un problème tout aussi préoccupant. Trop souvent, une fois que les jeunes diplômés terminent leur formation, c’est pour se retrouver à devoir apprendre, chez leur premier employeur, ce qu’ils auraient dû déjà apprendre en amont. Perte de temps et de talents.

Il semblerait que le monde du travail a déjà commencé à pallier lui-même ce déficit. L’entreprise d’ingénierie Geysen a ainsi fait savoir l’été dernier qu’elle ne trouvait pas de techniciens pour ses postes vacants, d’une part parce que les jeunes n’optent pas rapidement pour une formation technique, mais aussi parce ceux qui optent pour celle-ci terminent leur formation sans avoir une expérience pratique suffisante. Elle a donc décidé de créer son propre centre de formation pratique. Fruit d’une collaboration avec un établissement d’enseignement local, les cours (avec emploi garanti à la clé) ont démarré en octobre. L’entreprise apporte ainsi une solution durable à ses problèmes de recrutement, ainsi qu’à ceux des entreprises en quête de profils identiques.

Un problème connexe est que le monde du travail n’a que peu ou pas de prise sur la formation suivie par les élèves sur les bancs de l’école technique. Les cours sont trop souvent axés sur les emplois d’hier et d’aujourd’hui, et accordent trop peu d’attention aux métiers de demain. Notre système éducatif se concentre sur le transfert de connaissances, et moins sur les besoins concrets et en constante évolution du monde du travail.

Le monde du travail dans la salle de classe

Prenez l’exemple du baccalauréat "Internet of Things" (IoT). Que les hautes écoles dispensent cette formation depuis l’année académique 2019-2020 est en soi une bonne chose. Les premiers bacheliers n’obtiendront toutefois leur diplôme que d’ici trois ans. D’ici là, cette formation ne couvrira vraisemblablement plus les besoins du secteur, et ces étudiants quitteront les bancs de l’école pour devoir retourner ensuite suivre une autre formation.

Il serait souhaitable que les acteurs du monde du travail bénéficient d’une meilleure vue d’ensemble des modules d’apprentissage et du contenu des cours dispensés. Ceci devrait encourager une convergence plus étroite entre les objectifs du système éducatif et les besoins du marché du travail. Cela peut se faire de manière très concrète, en transmettant en classe davantage de connaissances issues du monde du travail. Bien entendu, ceci demanderait une flexibilité accrue de la part des employeurs et des acteurs de notre système éducatif.

Apprentissage et expérience

Il devrait également être possible d’atteindre de tels objectifs par le biais de parcours d’apprentissage en alternance, combinant formation scolaire et expérience professionnelle. Ce type de parcours permettra à n’en pas douter de réduire le fossé séparant les employeurs de leurs futurs employés. Cela suppose toutefois que les employeurs y consacrent le temps, l’espace et les ressources nécessaires, et que notre système éducatif se montre capable de renoncer au principe pédagogique sacro-saint de "l’enseignant en chambre".