vendredi 30 août 2019

Le béton nuit gravement à votre santé

Mon patient baigne dans sa transpiration. Il a 40 de fièvre malgré une dose maximale d'antipyrétiques. Le ventilateur fait un sacré boucan, mais n'apporte qu’un soulagement limité. C’est peu surprenant avec cette température tropicale.

C'est pourtant la nouvelle norme. Avec le ralentissement du Gulf Stream causé par le réchauffement de la planète, le nombre de vagues de chaleur dans le monde va considérablement augmenter. La climatisation ne fait pas partie de l’équipement standard des foyers européens, des maisons de repos ou des hôpitaux. Une multiplication des climatiseurs ne fera qu’aggraver le réchauffement planétaire et nécessitera paradoxalement encore plus de climatisation.

Arbres et béton

L’architecture durable des bâtiments, qui utilise par exemple le principe ancestral de l’inertie thermique, comme dans les églises, constitue une bonne alternative. Malheureusement, les hôpitaux sont encore aujourd'hui des forteresses de béton, où se promener dans un jardin intérieur demeure une douce utopie. Pourquoi ne pas construire des temples de la santé, plutôt que des forteresses, qui joueraient un rôle de pionnier dans l'architecture durable ?

En Flandre, on réaménage des espaces clés sans un seul arbre, ce qui favorise l’effet ‘îlot de chaleur’ – un phénomène qui advient lorsque le béton absorbe plus de chaleur que la végétation. Pourquoi ne plante-t-on pas systématiquement des arbres en série à l’occasion de la (re)construction de rues, de places et d'aires de jeu, comme c'est déjà le cas à Prague ? Pourquoi ne protège-t-on pas mieux les vieux arbres ?

Un hêtre âgé de 100 ans absorbe autant de particules fines que 1 600 jeunes hêtres et retient une quantité d'eau souterraine encore plus importante, car ses racines ont une profondeur équivalente à sa hauteur. Hippocrate a écrit il y a environ 2 500 ans dans son traité intitulé « Airs, eaux, lieux » que la santé humaine dépend de son cadre de vie et du climat. Deux mille cinq cents ans plus tard, rien n’a changé.

Eau et béton

Qui dit chaleur, dit sécheresse. Le World Resources Institute a secoué notre pays il y a deux semaines en déclarant que seuls 22 pays sur les 195 que compte la planète ont moins d'eau potable que nous. Seuls Saint-Marin et Chypre, en Europe, sont moins bien classés que la Belgique ! La Flandre, où le producteur de béton est roi depuis des décennies, fait encore pire que la Wallonie et sera bientôt soumise à un plan de délestage pour l’eau.

Ici aussi, l’urbanisme durable peut être la solution. Actuellement, un projet d’aménagement d’une nouvelle place en Belgique ressemble souvent davantage à une compétition entre producteurs de béton qu’à un exercice urbanistique sérieux. Or, le béton empêche la pluie de s'infiltrer dans le sol et entraîne ainsi un abaissement du niveau des eaux souterraines. Saviez-vous que, ironiquement, on a besoin de beaucoup d'eau pour produire du béton, en plus de sable, de gravier et de ciment ? Moins de béton signifie non seulement plus d'eau, mais également moins de ciment, actuellement responsable de 8 % des émissions de CO2 dans le monde.

Nous devons privilégier les infrastructures bleues et vertes aux infrastructures grises, solution à la fois au problème de la chaleur et de la sécheresse. En outre, elles forment la pierre angulaire de diverses orientations politiques européennes, dont la « Stratégie de croissance 2020 ». Les avantages de l’eau et de la végétation pour la santé publique sont innombrables : meilleure qualité de l’air, des rues et des maisons plus fraîches et, tout simplement, des gens plus heureux.

A vos arbres !

Les décideurs politiques, mais vous aussi, pouvez faire la différence : plantez un arbre dans votre jardin plutôt que d’installer du béton ou du gazon ; transformez votre toit en toit végétal ou placez des plantes en pot sur votre terrasse. Presque un dixième de la surface de la Belgique est constitué de jardins privés. Il ne faut pas sous-estimer cette surface.

Les pays, les villes et les communes du monde entier agissent, mais la Belgique regarde passer le train. Ne vous méprenez pas, je n'appelle pas à vivre dans des cabanes. Préserver la nature et la biodiversité est une urgence pour notre santé. Une telle préservation serait rentable économiquement. Malheureusement, les politiciens semblent davantage préoccupés par l’immédiateté politique que par notre avenir, qui s'étend au-delà de leur mandat de quatre ans. Hippocrate se retournerait dans sa tombe.


Sam Proesmans est médecin et consultant. Il a étudié la santé publique à la Columbia University de New York et est membre du Vrijdaggroep, une plate-forme politique qui réunit des jeunes de divers horizons, soutenue par la Fondation Roi Baudouin.