lundi 15 juillet 2019

Des enfants par choix, non par chance

Par Aline Buysschaert, Chef de projet pour un fonds d'investissement social et membre du Groupe du Vendredi, plateforme politique pour jeunes d'horizons divers soutenue par la Fondation Roi Baudouin

Cela fait plus d’un mois que l’Etat de l’Alabama a adopté la législation la plus restrictive des Etats-Unis sur l’avortement, l’interdisant à tout stade de la grossesse, ne prévoyant pas d'exception en cas de viol ni d'inceste et pénalisant les médecins pratiquant l’avortement jusqu’à 99 ans de prison.  Les Etats de la Géorgie, de l’Ohio et du Missouri s’y sont également mis. Un renversement de situation depuis 1973, année où la Cour suprême des Etats-Unis a tranché en faveur du droit des femmes de décider d’interrompre une grossesse dans les trois premiers mois.

Dans un pays comme la Belgique, où l’avortement est légalisé depuis bientôt trente ans, le combat que mènent encore de nombreux hommes et femmes à travers le monde ne fait plus la une des journaux. Pourtant, en 2017, il y avait encore 125 pays qui interdisaient l’avortement ou ne l’acceptaient que sous des conditions exceptionnelles.  La tendance générale va certes vers plus de légalisation mais il faut être vigilant, car même là où l’avortement est légalisé, ces droits essentiels ne semblent pas acquis, comme le démontrent les récents événements aux Etats-Unis.

On le sait, l’avortement est un débat fortement polarisé autour des personnes dites ‘pro-choix’ et des autres, dites ‘pro-vie’.  Pourquoi ? Simplement car ces deux valeurs, la liberté de choix et le respect de la vie, sont deux valeurs qui, étudiées séparément, sont respectables.  Mais la réalité est faite de valeurs qui se rencontrent et se confrontent, de décisions complexes qui dépendent de circonstances précises. L’avortement est toujours une décision délicate, exigeant que la personne concernée soit impérativement maître de la décision.  Interdire le choix de l’avortement c’est renier l’autonomie de la femme, la stigmatiser et la mettre en danger de manière inutile.

D’une jeune adolescente sur les bancs de l’école à la femme adulte, l’avortement est toujours une décision lourde, prenant en compte les conséquences - lourdes également - qu’engendrerait la naissance, telles que la pauvreté et la malnutrition ou l’interruption d’un parcours scolaire.  Les militants ‘pro-vie’ devraient, afin de rester cohérents, davantage se soucier du nombre d’enfants en maison d’accueil, ou de la mortalité infantile élevée dans les pays en voie de développement. Ces vies-là ne seraient-elles de leur point de vue pas tout aussi valables que celle d’un fœtus ?  

En amont de l’avortement, il y a l’accès au planning familial.  Un droit humain qui permet aux femmes de choisir si, quand et combien de fois elles tombent enceinte au cours de leur vie. Pourtant, l’accès à la contraception n’est pas accessible à tous.  Les plus grands oubliés ? Les adolescentes. Sur toutes les naissances dans le monde, 11% viennent d’adolescentes entre 15-19 ans dont 95% vivant dans des pays émergents. Sachant que selon UNICEF, pas moins de 15 millions d’adolescentes ont subi des relations sexuelles forcées, il y a du pain sur la planche.  Le problème est vaste et complexe, allant du simple accès aux moyens de contraception, aux changements de normes et de dynamique de pouvoir de genre. Le défi est pourtant essentiel : lorsqu’on donne l’opportunité aux adolescentes et femmes de mener la vie de leur choix, nombreuses études démontrent l’impact évident sur la santé de leur famille, l’économie et la stabilité politique d’un pays.  

La Belgique est un des pays à l’initiative du mouvement ‘She Decides’, créé en 2017 en réaction à la décision du Président Donald Trump de limiter l’aide au développement aux organisations en faveur de l’avortement. Vu le contexte actuel, il est primordial de ne pas baisser les bras et de soutenir la cause des femmes. Leur avenir, tant ici que là-bas, est en jeu.